Un bruit atroce et aigu me vrille les tympans. J’ai beau
tourner la tête dans tous les sens, ce vacarme ne disparaît pas.
J’ouvre les yeux. Le soleil entre à flots dans ma chambre. Je
mets un moment avant de comprendre que c’est mon réveil qui
sonne.
Je me
rends compte qu’un poids me compresse la poitrine, je baisse
les yeux et découvre une touffe de cheveux verts éparpillés sur mon
torse. Bon, au moins cette fois je n’aurais pas à faire
semblant de me souvenir du gars avec qui j’ai couché pour le
renvoyer de chez moi en lui donnant une excuse bidon. Je bouge
légèrement mais il ne bouge pas. J’entends simplement sa
respiration lente et régulière. Je le secoue.
—
Kay !
Réveille-toi ! Faut que je me lève !
Sa tête
remue, mais il ne semble pas totalement réveillé.
—
Kay !
Allez ! Bouge !
Je sens
ses paupières s’ouvrir contre ma peau et il se redresse,
l’air perdu. Il me regarde et se pousse sur le côté, libérant
mon torse. Je me lève et file prendre une douche en quatrième
vitesse, enfile des vêtements quelconques et reviens dans la
chambre prendre mes affaires de cours. Kay est toujours sur mon
lit, mais il a enfilé un boxer. Il me regarde hébété.
—
Faut que
j’aille en cours. Si tu sors, n’oublie pas de fermer à
clé, ok ?
Il hoche
la tête.
Je
ramasse mon sac et file dans l’entrée. Au moment de refermer
la porte derrière moi, je remarque qu’il m’a
suivit.
—
Tu
laisses pas tout ouvert ok ?
—
Ok.
—
Et tu
fais gaffe au gaz !
—
Ouais,
ok. Répète-t-il. Il est quelle heure ?
—
Huit
heures. Bon j’y vais, je reviens vers midi.
—
A tout à
l’heure.
—
Tu fais
pas de conneries ! Je déconne pas. J’veux pas que tu
foutes le feu à mon appart’ !
—
Mais
t’es pire que ma mère !
—
C’est
surtout que t’as l’air tellement défoncé que
j’suis pas sûr que tu comprennes tout ce que je te
dis.
Il
referme la porte, je me retourne pour descendre les escaliers et me
retrouve nez à nez avec … mon prof
d’histoire !
—
Euh...
Bonjour.
—
Bonjour.
Répond-t-il avec un léger sourire.
Je
détourne la tête et dévale les marches à toute vitesse. Je jette un
coup d’œil à ma montre : 8h15. Je vais être en
retard ! Je cours en direction de la gare et vois mon train
partir. Je regarde l’écran des départs. Le prochain est dans
un quart d’heure, c’est bien ma veine ! Je suis
toujours à l’extérieur à me demander quelle est la meilleure
solution, attendre le suivant ou y aller à pieds ? Dans les
deux cas je serais en retard. Mais, après tout, quel est le
problème ? Je ne suis jamais à l’heure de toute façon.
Ils ont l’habitude maintenant, ils ne font même plus
attention à moi. Une voiture klaxonne. Je me retourne et découvre
une magnifique Lamborghini. La vitre côté conducteur s’ouvre
et mon prof d’histoire apparaît.
—
Je te
dépose ?
—
Euh…
Pourquoi pas ?
Il me
fait signe de monter. J’ouvre la portière et
m’installe. Il démarre et quelques minutes plus tard, nous
arrivons au lycée. Je serais à l’heure pour la première fois
de ma vie ! J’ai envie de rire en pensant ça mais, je me
retiens. Mon chauffeur ne comprendrait pas pourquoi je ris. Au
moins, il a eu la gentillesse de ne pas parler de ce matin. Au
moins quelqu’un qui a du tact !
—
Je te
laisse là.
Il
s’est arrêté juste derrière le lycée. C’est sûr
qu’il ne faudrait pas qu’on me voit sortir de sa
voiture. Ça risquerait de jaser après.
—
Ok.
Merci.
Je
descends et la voiture redémarre. Je contourne le bâtiment et entre
dans le hall. Je consulte mon emploi du temps. B4. Cours
d’histoire.
J’arrive
dans le couloir et entre dans la salle. Tous les regards sont
braqués sur moi. Faut dire que c’est pas souvent que
j’arrive à l’heure ! Mais, ça vous l’avez
compris, n’est-ce pas ? Je m’installe à ma place
habituelle, à côté de Déliah. Je la connais depuis tellement
longtemps qu’on n’est même plus obligés de parler pour
se comprendre. Depuis que je l’ai branché, au collège, sur le
métal, elle n’écoute plus que ça. On va aux mêmes soirées
aussi et c’est souvent qu’on s’y
croise.
Je
l’ai vu changer de style à un rythme fou. De « petite
fille sage » elle est passée à « rockeuse à fond
dedans » puis à « punk en folie » et enfin à
« magnifique gothique ténébreuse ».
Elle a
des cheveux noirs et raides sublimes, qui feraient pâlir
d’envie n’importe quelle gothique, et des yeux bleus
qui tirent sur le violet. Ses yeux ont toujours eu un effet
« hypnotique » sur les gens. Même sur moi.
Monsieur
Stephenson − ça me fait bizarre de l’appeler comme
ça ! − ferme la porte. Le cours commence. Je sors une
feuille et un stylo. Pendant tout le cours, j’ai les yeux
braqués sur lui et j’écoute attentivement chaque mot
qu’il prononce. Je note tout ce que je trouve important. Le
chapitre ne me passionne pas particulièrement : Le monde de
1945 à nos jours. Personnellement, la société industrielle ne
m’attire pas des masses. Mais, je ne peux pas détourner mon
attention de sa voix.
Au moins
lui, n’a pas déjà une opinion toute faite à mon sujet. Il ne
semble pas surpris par mon comportement, très différent de celui du
premier jour, mais quand les autres profs lui parleront de mon cas,
il se posera surement des questions, non ?
La
cloche sonne. Déjà ? J’ai l’impression
d’avoir seulement passé cinq minutes assis sur ma
chaise ! Tout le monde se lève, je suis le mouvement. Dans le
couloir j’intercepte Déliah, nous discutons brièvement. Il
n’y a plus personne dans le couloir, nous pouvons discuter
tranquillement sans avoir besoin de hurler − ce que nous
détestons, soit dit en passant − et sans passer pour
« d’affreux satanistes ». Ce que les gens peuvent
être bornés ! Dès que le mot « Métal » est prononcé,
ça y est ! Vous faites forcément des rites satanistes la nuit
dans les cimetières en égorgeant des poulets et en hurlant à
la mort !
Je me
rappelle que je lui ai apporté quelque chose. J’ouvre mon sac
et en sort son « cadeau ». Je lui tends et elle me
regarde avec gratitude.
—
C’est
le dernier Cadaveria. Je te l’ai gravé puisque tu m’as
dit que tu les aimais.
—
Merci
Kurt. Ça me fait très plaisir !
Ce que
j’aime avec elle c’est qu’elle parle normalement.
Pas comme toutes ces filles vulgaires qui ne savent pas parler sans
ajouter un « putain » à chaque phrase. Déliah a beaucoup
de vocabulaire et c’est très agréable de discuter avec
elle.
—
C’est
cool alors. Au fait tu vas à la soirée de la Crypte la semaine
prochaine ?
—
La
soirée spéciale Métal Symphonique ?
—
Oui.
—
Ah
oui ! Je ne risque pas de manquer ça !
Elle
rit. Elle est vraiment très jolie quand elle rit.
—
Tu y vas
aussi ? Me demande-t-elle.
—
Oui.
Surement avec Kay.
—
On se
retrouvera tous là-bas alors ! Il faut que j’y aille,
alors à demain. Et encore merci pour le CD !
—
De rien.
A demain.
Déliah
sort du lycée et je reste là à regarder la porte. Bon faudrait
peut-être que je bouge. Je me retourne et percute un torse parfait.
Je lève la tête et lance un regard noir au mec resté planté dans le
couloir quand je m’aperçois que c’est mon prof. Mon
regard redevient aimable et c’est moi qui
m’excuse.
—
Alors
comme ça tu restes à rêvasser dans un couloir en fixant la porte
par où vient de sortir une jeune fille ? Dit-il en
souriant.
Je le
regarde en haussant un sourcil.
—
Elle te
plaît la petite Déliah ?
—
Déliah ?
Je le
fixe incrédule puis éclate de rire.
—
Je crois
que vous ne l’avez pas bien regardé.
—
Pourquoi ?
—
Comment
voulez-vous qu’elle me plaise ? C’est une
fille !
Répondis-je avec un sourire moqueur.
Je
m’éloigne avant qu’il ait pu s’exprimer et quitte
le lycée, pour aller m’en griller une dehors. Nouvelle
sonnerie. Je retourne dans le lycée, j’ai encore deux heures
d’anglais avant de rentrer.
Comme d’habitude, je m’installe au fond de
la salle et commence à papillonner avant même que le cours ne
débute.
C’est
pas comme si j’avais besoin de cours d’anglais !
Je me débrouille mieux que la plupart des élèves de ce lycée !
Après avoir passé deux ans aux Etats-Unis, c’est normal
d’être bilingue, non ? La prof le sait et elle doit être
une des rares à ne pas m’emmerder.
Vers midi je rejoins Kay dans mon appart’. Heureusement il
n’a pas fait de dégâts ! Je suis quand même soulagé de
le voir en meilleur état que ce matin !
La
journée s’écoule à une vitesse incroyable ! Je ne la
vois même pas passer qu’il est déjà temps de rentrer chez
moi !
J’ai
passé toute la journée à observer le ciel à travers la fenêtre,
pour changer un peu…
Un peu
de patiente les filles ! xD S'ils se sautaient dessus dès le début
ce serait pas drôle xD (quoique...)
On est
seulement au chapitre 4 voyons ! xD
En tout cas, je vois que les répliques de
Kurt vous font rire :D
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