Inoubliable
Le ressac de l’eau sur la plage. Deux corps brûlants au milieu des dunes de sable, éclairés par la faible lueur bleutée de la Lune.
Deux bouches qui se cherchent. Des lèvres qui se frôlent. Deux langues qui s’entremêlent. Un baiser passionné. Des mains qui s’attrapent. Des doigts qui s’entrecroisent.
Elle sentait encore ses longs cheveux lui effleurer la peau et la douce sensation du sable chaud roulant sous son dos.
Une passion commune. Un amour unique.
Marilyn secoua la tête pour chasser ces souvenirs qui la hantaient encore aujourd’hui. Cela c’était passé plus de dix ans auparavant. Pourquoi ces faits passés et désormais douloureux revenaient maintenant, faisant ressortir de troublantes émotions ?
La jeune femme regarda son reflet dans le long miroir en pied qui lui faisait face.
— Vous êtes magnifique ma chère ! S’exclama sa future belle-mère en entrant dans la pièce.
Et c’était vrai. Elle n’aurait jamais pu croire qu’une robe pouvait la transformer de la sorte !
— Il va falloir y aller maintenant. C’est l’heure. Vous êtes prête ?
— Oui.
Marilyn sortit de la chambre et descendit le grand escalier menant au rez-de-chaussée. Quand sa mère la vit, elle porta une main à son cœur.
— Oh ma chérie… Tu es splendide !
— Merci maman. Répondit Marilyn en faisant attention à ne pas marcher sur le bas de sa robe.
— Le chauffeur est là. Il n’attend plus que toi. Tes demoiselles d’honneur sont déjà à l’église.
La jeune femme sortit de la maison pour rejoindre la Rolls où sont père l’attendait déjà. Il lui ouvrit la portière en la complimentant sur sa robe, puis s’installa à ses côtés. Elle vit sa mère et sa belle mère partir dans un autre véhicule et les précéder sur la route. Il ne leur fallut que dix minutes pour arriver à l’église. Marilyn descendit de la voiture quand son chauffeur lui eu ouvert la portière, elle fit très attention à ne pas accrocher sa robe à la voiture. La jeune femme ne voulait pas risquer de la déchirer cinq minutes avant son mariage. Son père lui tendit le bras et elle le prit. Ils avancèrent jusqu’à l’entrée du monument où il s’arrêta.
— Ça va ? s’enquit-il.
— Oui.
— Pas trop nerveuse ?
— Un peu oui, mais je te sens plus tendu que moi. Ce n’est pourtant pas toi qui te marie ! S’amusa-t-elle.
Il lui sourit et ils entrèrent dans l’église sous les applaudissements de la foule. Combien de personne sa mère avait bien pu inviter ? Cent ? Deux cent ?
Marilyn sourit en voyant ses demoiselles d’honneur évoluer autour d’elle comme un ballet. La marche nuptiale débuta et le cortège avança. La jeune femme croisa le regard d’Anthony. Il l’observait d’une manière telle qu’elle se sentait l’âme d’une pierre précieuse. Il arborait un sourire étincelant et son visage irradiait d’une joie telle, qu’il aurait pu, à lui seul, éclairer tout le bâtiment. La jeune femme dû réprimer l’hilarité qui menaçait d’éclater à cette pensée absurde mais vraie. Dans ses yeux brillaient un bonheur intense mais aussi une lueur d’inquiétude, comme s’il avait peur qu’elle disparaisse ou change d’avis. Ce qui était ridicule. Pourquoi disparaîtrait-elle ? Et si elle était là c’est qu’elle n’avait pas changé d’avis !
Ils arrivèrent devant le futur marié, son père l’embrassa sur le front avant de se retirer pour prendre place sur un banc. Marilyn saisit le bras qu’Anthony lui tendait et vint se placer à ses côtés. La cérémonie pu débuter.
Tout se passa très bien jusqu’à ce que le prêtre demande à l’assemblée :
« Si quelqu’un s’oppose à cette union qu’il parle maintenant ou se taise à jamais. »
La porte de l’église s’ouvrit à la volée avec un bruit assourdissant. Tous les convives se retournèrent en même temps que les futurs mariés, pour voir la grande femme brune qui se tenait dans l’embrasure de la porte.
— Je m’y oppose ! Lança-t-elle d’une voix forte.
Le timing était si parfait qu’on se serait cru dans un film.
— Pour quelles raisons ? demanda le prêtre.
L’inconnue releva le menton et pointa un doigt en direction du couple.
— Je l’aime !
Toutes les têtes se tournèrent vers Anthony sauf celle de Marilyn, qui avait descendu les quelques marches de l’estrade, et qui regardait la jeune femme abasourdie.
C’était impossible ! Que faisait-elle ici ?
Un léger murmure parcourue la salle. Tous se demandaient qui était cette femme apparemment éprise du jeune marié.
Tous. Sauf, Marilyn… et sa mère.
— J’aime cette femme ! Tonna l’inconnue.
L’agitation grandit dans l’assemblée, consternée. Marilyn tremblait de tous ses membres, n’osant y croire. Elle ne vit pas le regard haineux de sa mère.
— Je suis revenue pour toi mon amour ! Déclara la jeune brune.
La future mariée lança un regard désolé à Anthony avant de s’élancer dans l’allée pour se jeter dans les bras de cette femme qui lui avait tant manqué et qu’elle avait cru ne jamais revoir.
— Ayla ! Souffla-t-elle.
La jeune femme serra Marilyn contre elle et regarda la mère de cette dernière en arborant un air triomphant.
— Que fais-tu là ?
— Je suis venue te chercher.
— Me chercher ?
— Oui. Pars avec moi. Partons loin d’ici !
Le visage de l’ex-future mariée s’illumina pour s’assombrir aussitôt.
— Pourquoi… ?
— Aujourd’hui, je suis enfin digne de toi ! la coupa Ayla.
— Digne de moi ?
— Je possède désormais un empire financier aussi important que le tien.
— Tu…Tu es partie pour faire fortune ? Mais… Pourquoi ? J’aurais eu de l’argent pour deux !
— J’ai toujours été une pauvre paysanne et toi une véritable petite princesse. Aujourd’hui nous sommes enfin égales !
— Mais, tu n’avais pas besoin de ça pour gagner mon cœur ! Il a toujours été tien. Protesta Marilyn. Ton départ m’a fait beaucoup de mal.
— Je suis désolée.
Ayla regarda Jane, la mère de Marilyn, un instant. Seules elles deux connaîtraient la vérité. Marilyn avait déjà trop souffert, jamais Ayla ne pourrait lui avouer que sa propre mère lui avait bien fait comprendre qu’elle était au courant de leur liaison jusqu’alors secrète, qu’elle la désapprouvait totalement (avait-on jamais vu deux femmes ensembles ?) et qu’elle n’était qu’une pauvre fille d’écurie sans intérêt aucunement digne de sa fabuleuse Marilyn. Jane l’avait littéralement chassé du domaine des LeComte.
A partir de ce jour Ayla avait décidé de montrer à cette femme de quoi elle était capable. Elle gagnerait beaucoup d’argent et serait enfin digne de la femme qu’elle aimait.
Cela faisait dix ans, mais sa rancœur à l’égard de Jane LeComte était toujours aussi poignante. Depuis dix ans, elle ne rêvait que de serrer Marilyn dans ses bras et elle y était enfin ! Cette fois, elle ne laisserait pas passer sa chance de garder la jeune blonde auprès d’elle.
— Viens Marilyn. Allons-nous-en.
La jeune femme jeta un œil à l’assemblée, s’attarda un instant sur Anthony, puis sur sa mère, elle s’excusa, prit la main d’Ayla dans la sienne et les deux femmes sortirent sous les exclamations de protestation de la foule.
Les deux jeunes femmes disparurent, main dans la main, au cœur de la nuit.






Commentaires