La porte qui claque me réveille en sursaut. Je fais un bond et
manque de dégringoler du canapé. Je ne m’attendais pas à un
réveil si brutal. Attendez… canapé ? Je me redresse
vivement, des restes brumeux de sommeil obstruant encore ma vision.
La couverture en laine glisse sur moi et Kay entre dans le salon à
ce moment là.
J’ai même pas eu le temps de bouger.
—
Qu’est-ce
que tu fous à poil sur le canapé ?
On peut
toujours compter sur Kay et son tact légendaire…
—
T’étais
où ?
Comment
esquiver les questions gênantes par Kurt Jensen !
—
Hum…
avec un mec.
—
Ah.
Qu’est-ce
que vous voulez que je réponde à ça ? Il a bien le droit de
s’amuser aussi non ? Et puis, ça m’aurait bien
emmerdé s’il était rentré hier soir…
Je regarde distraitement ma montre. Je bloque au moins trente
secondes sur les aiguilles. Oui, c’est long mais, faut pas
m’en vouloir, je suis encore dans la brume. Huit heures et
quart. Et merde ! Je suis encore en retard ! Je me
lève et m’enroule dans ma couette. Je hais la laine. Ça
gratte et c’est très désagréable. Faut que j’aille
prendre une douche moi. J’atteins la porte de la
salle de bain quand j’entends Kay murmurer un truc qui
ressemble à « On s’est consolés entre meilleurs amis
délaissés… ». J’ai surement mal compris. En même
temps, y a quand même un mur entre nous, ça empêche les sons de
passer. Enfin, ça les filtre.
—
Quoi ?
Je hurle à travers l’appart’.
C’est
les voisins du second qui vont être
contents.
Ils ont toujours adoré m’entendre gueuler ces
abrutis.
—
Non,
rien.
J’hausse
les épaules et entre dans la pièce pour faire couler l’eau.
Kay s’adosse au chambranle et me regarde moqueur.
—
Alors,
t’en a fait quoi de Matthew ?
Et
merde…
—
Comment
ça ?
—
Il est
où ?
—
Ben…
chez lui j’imagine. Comment tu veux que je le sache ? Je
réplique toujours dos à lui.
Si je me
retourne, il va me griller tout de suite.
—
Tu lui
as pas sauté dessus ?
—
J’étais
surement pas assez bourré pour vouloir me manger un mur.
Maintenant, j’aimerais prendre ma douche, tu m’excuses.
J’ajoute en refermant la porte.
Je
soupire. C’était pas loin.
Mais, il
a pas tort. Il est où Matthew ? Il était avec moi cette nuit
non ? Ça peut pas encore être un rêve. Je me
serais pas retrouvé sur le canapé tout seul. Et encore moins
à poil. Alors il
s’est barré comme ça ? Sans rien dire ?
D’habitude,
j’aurais tout raconté à Kay mais… là, je peux pas. Je
crois que j’ai envie de garder ça pour moi. Ça serait pas plutôt pour
qu’il ne soit pas au courant ? Il est au courant
pour chaque mec qui passe dans mon lit mais… là, ça sort
pas. Je sais pas pourquoi, mais j’arrive pas à lui dire et
j’ai une trouille bleue qu’il le sache. Et puis, de
toute façon, même moi je sais pas ce qui va se passer maintenant.
Matthew va faire quoi ? Pourquoi il s’est barré en
pleine nuit ? Faire comme si il ne s’était rien
passé ? Ou simple envie de café et y en avait plus dans mes
placards ?
Je sors
de l’eau et m’habille. Je suis encore en retard. Pour
changer…
*
*
*
—
Eh ben,
vous êtes en avance ! Râle mon adorable prof
d’espagnol.
C’est
sûr qu’avec ma demi-heure de retard, on voit que je me suis
dépêché…
—
J’avais
tellement envie de vous voir vous savez…
—
Bravo
Kurt, vous venez d’obtenir une visite gratuite chez le
proviseur. Je suis sûre qu’il adorera vos
sarcasmes.
—
Avec
plaisir madame.
J’attrape
mes affaires et quitte la salle. En refermant la porte, je
l’entends soupirer, lassée. Et moi j’aurais mieux fait
de rester couché. En plus, elle a même pas pensé à me coller
quelqu’un aux basques. Remarque, elle a tellement
l’habitude que maintenant elle sait que ça sert à rien. Si
j’ai envie de me tirer, je le fais, même avec quelqu’un
dans les pattes. Je sors du lycée t passe devant sa fenêtre.
Hypocrite, je lui lance un clin d’œil avant de me
barrer. Provocateur, moi ? Absolument pas !
En
passant, je jette un œil dans la salle des profs mais, il
n’y est pas. J’ai plus qu’à attendre ce soir pour
lui parler. Ou lui
arracher ses fringues. En espérant qu’il soit du même
avis que moi…
J’entre dans mon appartement et m’aperçois du silence
qui y règne. C’est assez inhabituel. Je vais me changer dans
ma chambre après avoir déposé mes affaires au pied du sofa.
Apparemment Kay est sorti. J’espère juste qu’il fait
pas de conneries.
Je sors rapidement en attrapant mes clés, mon pass’ de bus et
un peu de liquide. Je bloque une minute devant sa porte avant de me
décider à frapper. Peut-être qu’il est là. Peut-être pas.
Mais, je peux bien prendre cinq minutes pour lui parler et aller
la voir ensuite. Je
patiente, frappe de nouveau mais, rien. Il n’est pas là. Tant
pis. Je repasserais plus tard.
*
*
*
La porte s’ouvre et un immense sourire vient illuminer son
visage. Elle est contente de me voir. Elle porte une large jupe en
laine épaisse et un énorme gilet recouvert d’un châle noir.
Ses collants sont troués et ses chaussons fatigués. Je lui offre un
sourire tendre et la prend dans mes bras. Ça me fait de la peine de
la voir comme ça. Elle qui était si coquette à l’époque, se
laisse maintenant aller. Pourtant, elle est encore jolie, elle
pourrait très bien retrouver quelqu’un. Mais, je suis presque
sûr qu’elle pense encore à lui.
—
Salut
maman.
—
Allez
entre ! Entre ! S’exclame-t-elle en me poussant
joyeusement à l’intérieur.
Elle
m’entraine dans le salon et me fait m’asseoir sur un
des fauteuils qui s’y trouve. Je me laisse faire docilement.
Si ça peut lui faire plaisir. Elle revient rapidement avec deux
tasses de café et des petits gâteaux. A croire qu’elle
m’attendait. Elle dépose tout sur la table basse sans quitter
son sourire.
—
Alors
comment tu vas ?
—
Bien
mais, toi ? ça va mieux ?
Je lui
demande ça mais, je sais pertinemment que non. Je n’ai
qu’à la regarder pour le voir.
—
On fait
aller tu sais.
—
Tu sors
encore ?
—
Plus
tellement.
Elle ne
fait plus rien. Elle se laisse tellement aller que j’en ai
mal au cœur. Je suis pourtant sûr qu’elle pourrait être
heureuse. Ses longs cheveux noirs et ses yeux en amande dégagent un
charme certain. Sans compter sur sa douceur. Et puis, pour une
femme de cinquante ans, elle est encore très bien faite. Mais, à
rester sans rien faire, comme une vieille, elle va rapidement en
devenir une. Bientôt elle se plaindra de ses rhumatismes.
J’avise, d’un coup d’œil, son tricot posé
sur le fauteuil devant la télé. De légères rides marquent son
visage et ses mains commencent à se plisser. Si elle ne bouge pas,
elle va vraiment
devenir vieille avant l’âge. Je l’observe et remarque
son regard flottant fixé sur les cadres à ma droite.
Ce
connard l’a détruite en partant comme ça, sans rien dire et,
elle, elle garde des photos de lui dans son salon ! Il ne lui
a pas fait assez de mal comme ça ?
—
C’est
une bonne chose pour tout le monde qu’il se soit tiré.
C’était un pur connard et un lâche ! D’ailleurs,
sa fuite le montre bien ! C’était la suite logique à son
comportement.
Elle
pose son regard dans le mien. Elle est peinée. Si je me demandais
pourquoi, je serais bien hypocrite. La vérité fait toujours plus
mal que les doux mensonges qu’on se raconte. Mais, comment
peut-elle encore l’attendre après toutes ces années ? Il
ne reviendra jamais ! Qu’est-ce qu’elle peut
encore espérer après qu’il ait fui comme un
voleur ?
—
Tu
l’aimais ?
Question
bête. Bien sûr ! Sinon elle ne serait pas restée avec
lui !
—
Oui.
Murmure-t-elle.
J’avoue
que même si je m’y attendais, j’ai énormément de mal à
le concevoir. Il nous a fait tellement de mal. Je me souviens
encore de ses mots blessants quand il se mettait en colère. Il
n’a jamais levé la main sur nous mais, ses paroles étaient
pires que ça. Elles s’enfonçaient douloureusement dans mon
cœur, comme des lames, le faisant saigner plus que des coups.
Je suis peut-être injuste. Il avait surement de bons côtés, sinon,
jamais elle n’aurait pu l’aimer n’est-ce
pas ? Mais, à 10
ans, les seules choses qu’on se rappelle, en général,
c’est ce qui nous a marqué. Et moi, ce qui m’a marqué,
ce sont ses mots. Des mots que j’ai subit pendant cinq
ans…
J’ai tellement envie de lui dire d’arrêter
d’espérer. Que ça ne sert à rien sauf à lui faire du mal.
Mais, avant que j’ai eu le temps d’ouvrir la bouche, le
téléphone me coupe. Elle me lance un regard d’excuse et
décroche.
Finalement,
je me demande si je devrais vraiment lui dire. Ça risquerait de lui
faire plus de mal qu’autre chose. Le problème, c’est
qu’il faut que je la secoue un peu sinon, elle va se laisser
survivre sans rien
faire.
Elle me fait penser à une femme au bord d’une falaise, qui ne
sais pas si elle doit sauter, ou attendre que le rocher sur lequel
elle est, se décroche lui-même de la parois rocheuse avant de
s’écraser violement dans les flots en contrebas. Faut
qu’elle sorte de là. C’est pas une vie
ça !
Elle échange quelques mots avec son interlocuteur, en me lançant
quelques coups d’œil furtifs. Elle est blême. Elle
raccroche lentement et m’adresse un sourire rassurant.
Seulement, j’ai compris que ça n’allait pas si bien
qu’elle le prétendait.
—
C’était
qui ?
—
Une
amie. Me répond-t-elle rapidement. Un peu trop rapidement
d’ailleurs…
Nous
gardons le silence quelques minutes avant que je ne puisse plus
retenir ma langue.
—
Pourquoi
tu t’attaches à ce souvenir ?
—
Il
m’aimait aussi tu sais.
—
La belle
affaire ! Et maintenant ? Il est où ? Tu crois
vraiment qu’il pense encore à toi ? Je m’énerve.
Ça fait quatre ans maman. J’ajoute, plus doux. Il ne
reviendra pas. Je souffle.
—
Il
t’aimait aussi.
—
Je
l’ai jamais remarqué figure-toi.
Elle ne
dit rien. Le silence grandit et s’installe entre
nous.
—
Sinon,
t’as besoin de quelque chose ?
—
Non,
rien. Merci. Sourit-elle.
—
N’hésite
pas à m’appeler si tu as besoin de quoique ce
soit.
Nous
avons encore discuté pendant une heure, de tout, de rien. Evitant
simplement les sujets sensibles. Je me suis finalement éclipsé pour
rentrer chez moi.
—
Sors.
Amuse-toi. Ne reste pas à rien faire,
d’accord ?
Elle
hoche la tête avant de m’embrasser pour me dire au
revoir.
—
Viens me
voir quand tu voudras.
—
J’essaierais.
Répond-t-elle.
Déjà
16h. A l’idée de passer deux heures dans les transports, je
sens le découragement me tomber dessus avec la légèreté d’une
enclume. Ça va être long. Parfois, je me demande pourquoi
j’ai emménagé si loin.
J’arrive près de chez moi, il fait déjà nuit. C’est pas
deux heures qu’il m’a fallut mais TROIS !
« Problème de voyageur ». Encore un connard qui
s’est suicidé sur ma ligne ! Peuvent pas aller se tuer
ailleurs ces abrutis au lieu d’emmerder le monde ?*
Y a tellement de
façon d’en finir, mais non ! Faut qu’ils
choisissent le métro ! Ça fait chier plus de monde.
Remarque,
moi aussi si je devais le faire je choisirais un moyen qui emmerde
le plus de gens possible…
Je passe devant le square d’un pas las et distingue une
silhouette qui m’est familière.
*
Je préfère préciser que
ses propos sont ironiques et tenus sous la colère de Kurt. Ne vous
offusquez donc pas de la façon dont il parle des
suicidés.
ça commence à
faire un long moment que je n'ai pas répondu aux commentaires et,
je vous avoue que j'ai un peu une grosse flemme de tous les
reprendre depuis tous les chapitres que j'ai loupé ^^'
En tout cas,
je vous remercie tous de toutes ces réactions qui me font tellement
plaisir ! C'est d'ailleurs pour ça que je me démène pour essayer de
pas trop vous faire attendre entre deux chapitres, et si j'en poste
pas durant un moment, de vous en mettre deux d'un coup
=) Vos impressions, vos délires et même vos racontages
de vie (que j'adore lire soit dit en passant et auxquels je réponds
volontier sur vos blog) ça donne encore plus envie d'écrire,
pour vous surtout
P.S : Je peux
vous dire que j'ai galéré pour trouver une image qui au
moins un minimum de rapport avec le chapitre ! XD
Et encore,
c'est même pas ce que je voulais ^^
P.P.S :
J'avoue avoir eu une méga flemme de me relire bien attentivement
donc, s'il y a des suggestions ou des remarques, allez-y
XD
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