Le ressac de l’eau sur la plage. Deux corps brûlants au
milieu des dunes de sable, éclairés par la faible lueur bleutée de
la Lune.
Deux bouches qui se
cherchent. Des lèvres qui se frôlent. Deux langues qui
s’entremêlent. Un baiser passionné. Des mains qui
s’attrapent. Des doigts qui s’entrecroisent.
Elle sentait encore ses
longs cheveux lui effleurer la peau et la douce sensation du sable
chaud roulant sous son dos.
Une passion commune. Un
amour unique.
Marilyn secoua la tête
pour chasser ces souvenirs qui la hantaient encore
aujourd’hui. Cela c’était passé plus de dix ans
auparavant. Pourquoi ces faits passés et désormais douloureux
revenaient maintenant, faisant ressortir de troublantes
émotions ?
La jeune femme regarda
son reflet dans le long miroir en pied qui lui faisait
face.
— Vous êtes magnifique ma
chère ! S’exclama sa future belle-mère en entrant dans
la pièce.
Et c’était vrai.
Elle n’aurait jamais pu croire qu’une robe pouvait la
transformer de la sorte !
— Il va
falloir y aller maintenant. C’est l’heure. Vous êtes
prête ?
—
Oui.
Marilyn sortit de la
chambre et descendit le grand escalier menant au rez-de-chaussée.
Quand sa mère la vit, elle porta une main à son
cœur.
— Oh ma
chérie… Tu es splendide !
— Merci maman.
Répondit Marilyn en faisant attention à ne pas marcher sur le bas
de sa robe.
— Le chauffeur est
là. Il n’attend plus que toi. Tes demoiselles d’honneur
sont déjà à l’église.
La jeune femme sortit de
la maison pour rejoindre la Rolls où sont père l’attendait
déjà. Il lui ouvrit la portière en la complimentant sur sa robe,
puis s’installa à ses côtés. Elle vit sa mère et sa belle
mère partir dans un autre véhicule et les précéder sur la route. Il
ne leur fallut que dix minutes pour arriver à l’église.
Marilyn descendit de la voiture quand son chauffeur lui eu ouvert
la portière, elle fit très attention à ne pas accrocher sa robe à
la voiture. La jeune femme ne voulait pas risquer de la déchirer
cinq minutes avant son mariage. Son père lui tendit le bras et elle
le prit. Ils avancèrent jusqu’à l’entrée du monument où
il s’arrêta.
—
Ça va ?
s’enquit-il.
—
Oui.
—
Pas trop
nerveuse ?
— Un peu oui, mais je te sens plus
tendu que moi. Ce n’est pourtant pas toi qui te marie !
S’amusa-t-elle.
Il lui sourit et ils
entrèrent dans l’église sous les applaudissements de la
foule. Combien de personne sa mère avait bien pu inviter ?
Cent ? Deux cent ?
Marilyn sourit en voyant
ses demoiselles d’honneur évoluer autour d’elle comme
un ballet. La marche nuptiale débuta et le cortège avança. La jeune
femme croisa le regard d’Anthony. Il l’observait
d’une manière telle qu’elle se sentait l’âme
d’une pierre précieuse. Il arborait un sourire étincelant et
son visage irradiait d’une joie telle, qu’il aurait pu,
à lui seul, éclairer tout le bâtiment. La jeune femme dû réprimer
l’hilarité qui menaçait d’éclater à cette pensée
absurde mais vraie. Dans ses yeux brillaient un bonheur intense
mais aussi une lueur d’inquiétude, comme s’il avait
peur qu’elle disparaisse ou change d’avis. Ce qui était
ridicule. Pourquoi disparaîtrait-elle ? Et si elle était là
c’est qu’elle n’avait pas changé
d’avis !
Ils arrivèrent devant le futur marié, son père l’embrassa sur
le front avant de se retirer pour prendre place sur un banc.
Marilyn saisit le bras qu’Anthony lui tendait et vint se
placer à ses côtés. La cérémonie pu
débuter.
Tout se passa très bien
jusqu’à ce que le prêtre demande à
l’assemblée :
« Si quelqu’un s’oppose à cette union qu’il
parle maintenant ou se taise à
jamais. »
La porte de
l’église s’ouvrit à la volée avec un bruit
assourdissant. Tous les convives se retournèrent en même temps que
les futurs mariés, pour voir la grande femme brune qui se tenait
dans l’embrasure de la
porte.
—
Je m’y oppose !
Lança-t-elle d’une voix forte.
Le timing était si
parfait qu’on se serait cru dans un film.
—
Pour quelles raisons ? demanda le
prêtre.
L’inconnue releva
le menton et pointa un doigt en direction du couple.
—
Je
l’aime !
Toutes les têtes se
tournèrent vers Anthony sauf celle de Marilyn, qui avait descendu
les quelques marches de l’estrade, et qui regardait la jeune
femme abasourdie.
C’était
impossible ! Que faisait-elle ici ?
Un léger murmure
parcourue la salle. Tous se demandaient qui était cette femme
apparemment éprise du jeune marié.
Tous. Sauf,
Marilyn… et sa mère.
—
J’aime cette femme !
Tonna l’inconnue.
L’agitation
grandit dans l’assemblée, consternée. Marilyn tremblait de
tous ses membres, n’osant y croire. Elle ne vit pas le regard
haineux de sa mère.
—
Je suis revenue pour toi mon
amour ! Déclara la jeune brune.
La future mariée lança
un regard désolé à Anthony avant de s’élancer dans
l’allée pour se jeter dans les bras de cette femme qui lui
avait tant manqué et qu’elle avait cru ne jamais
revoir.
— Ayla ! Souffla-t-elle.
La jeune femme serra
Marilyn contre elle et regarda la mère de cette dernière en
arborant un air triomphant.
—
Que fais-tu
là ?
—
Je suis venue te
chercher.
—
Me chercher ?
—
Oui. Pars avec moi. Partons loin
d’ici !
Le visage de
l’ex-future mariée s’illumina pour s’assombrir
aussitôt.
—
Pourquoi… ?
—
Aujourd’hui, je suis enfin
digne de toi ! la coupa Ayla.
—
Digne de
moi ?
—
Je possède désormais un empire
financier aussi important que le tien.
— Tu…Tu es
partie pour faire fortune ? Mais… Pourquoi ?
J’aurais eu de l’argent pour deux !
— J’ai
toujours été une pauvre paysanne et toi une véritable petite
princesse. Aujourd’hui nous sommes enfin
égales !
— Mais, tu
n’avais pas besoin de ça pour gagner mon cœur ! Il
a toujours été tien. Protesta Marilyn. Ton départ m’a fait
beaucoup de mal.
—
Je suis désolée.
Ayla regarda Jane, la
mère de Marilyn, un instant. Seules elles deux connaîtraient la
vérité. Marilyn avait déjà trop souffert, jamais Ayla ne pourrait
lui avouer que sa propre mère lui avait bien fait comprendre
qu’elle était au courant de leur liaison jusqu’alors
secrète, qu’elle la désapprouvait totalement (avait-on jamais
vu deux femmes ensembles ?) et qu’elle n’était
qu’une pauvre fille d’écurie sans intérêt aucunement
digne de sa fabuleuse Marilyn. Jane l’avait littéralement
chassé du domaine des LeComte.
A partir de ce jour Ayla
avait décidé de montrer à cette femme de quoi elle était capable.
Elle gagnerait beaucoup d’argent et serait enfin digne de la
femme qu’elle aimait.
Cela faisait dix ans,
mais sa rancœur à l’égard de Jane LeComte était
toujours aussi poignante. Depuis dix ans, elle ne rêvait que de
serrer Marilyn dans ses bras et elle y était enfin ! Cette
fois, elle ne laisserait pas passer sa chance de garder la jeune
blonde auprès d’elle.
—
Viens Marilyn.
Allons-nous-en.
La jeune femme jeta un
œil à l’assemblée, s’attarda un instant sur
Anthony, puis sur sa mère, elle s’excusa, prit la main
d’Ayla dans la sienne et les deux femmes sortirent sous les
exclamations de protestation de la foule.
Les deux jeunes femmes
disparurent, main dans la main, au cœur de la
nuit.
Le vent souffle doucement, faisant bruisser les feuilles des arbres. Il fait froid et la brise n’arrange en rien l’état d’hypothermie dans lequel je me trouve. Nous ne sommes qu’au mois de septembre, je n’ose imaginer comment se présentera décembre. Je suis frigorifié. C’est aussi ma faute. Etant en retard, je suis partit sans prendre la peine de mettre une veste.
J’arrive enfin au lycée, j’entre dans le bureau des surveillants. Aujourd’hui, je dois rattraper le devoir de maths que le prof nous avait collé un jour où j’étais absent. Quelle poisse !
― Vous êtes en retard ! Déclare la surveillante à laquelle je me suis adressé.
Comme si je ne le savais pas !
― Suivez moi. Ordonne-t-elle en se levant.
Elle attrape un polycopié qui doit être mon sujet et m’entraîne à travers les couloirs du bâtiment. La pionne s’arrête devant une porte qu’elle déverrouille et me fait signe d’entrer. Elle me donne le sujet du contrôle avant de sortir de la salle.
― Je reviens dans une heure. Dit-elle avant de refermer la porte et de la verrouiller de nouveau.
Euh… elle a le droit de faire ça ? Je veux dire de m’enfermer dans une salle ? Et si y a le feu ? Je reste là à griller ? C’est quoi ce lycée ??
Je regarde rapidement autour de moi et m’installe à une table près de la fenêtre. Je jette un œil à mon devoir en essayant vainement d’y comprendre quelque chose, puis, laissant tomber, je laisse errer mon regard au-dehors. Les maths n’ont jamais été mon fort, j’y ai jamais rien compris et c’est pas maintenant que ça va commencer ! Ce que je préfère ce sont les lettres ! J’ai toujours été plutôt doué pour disserter et puis la littérature me passionne à un point que s’en est effrayant ! Mes amis ne comprennent pas. Pour eux les livres ne sont que du papier qu’on leur donne à lire pour les torturer. Pour moi chaque livre est un véritable trésor, chaque livre a une âme, chaque phrase, chaque mot a une signification.
Je reporte mon attention au-dehors. Les arbres commencent déjà à perdre leurs feuilles. Leurs couleurs rouge-orangé me rendent admiratif, je trouve ce spectacle tout simplement sublime. Un oiseau passe dans mon champ de vision, attirant mon attention. Il est de couleur bleu et jaune, magnifique. La nature est si belle mais tellement éphémère qu’on a beaucoup de mal à la dépeindre avec des mots. Aucun mot, aucune phrase ne serait assez forte pour exprimer l’admiration qui me gagne.
Un bruit me sort de mes rêveries. Je tourne la tête vers le coin le plus sombre de la pièce. Je ne suis pas seul ! Il y a là un jeune homme brun que je n’avais pas vu en entrant. Impossible de le décrire précisément dans la pénombre. La surveillante n’a même pas pensé à allumer la lumière ! Comme si on avait l’habitude de vivre dans le noir ! On n’est pas des chauves souris ! Quoique, ça pourrait être sympa…
Je détourne la tête pour me replonger dans la contemplation de l’extérieur. La rue est calme. Aucune voiture ne vient perturber la plénitude de la nature. Il n’est pourtant pas si tôt que ça. D’habitude la ville est plus animée, surtout à 9h du mat’.
Je sursaute en sentant une présence à mes côtés. Le brun vient de prendre place à côté de moi. Il s’affale littéralement sur la table en me regardant. Il a tellement de piercings qu’il me faudrait la journée pour les compter ! Son bras droit est couvert d’une multitude de fins bracelets noirs en plastique et l’autre porte une sorte de bracelet de force clouté. Son tee-shirt affirme son adoration pour IronMaiden. Ses yeux bleu souriants sont soulignés d’un épais trait de crayon noir, ce qui lui donne une aura mystérieuse.
― Salut. T’y arrives pas ? Demande-t-il en désignant ma feuille.
Je n’entends même pas la phrase qu’il prononce. Je suis fasciné par son apparence. Je ne pensais pas qu’un homme pouvait avoir les traits si fin, qui lui donnent un petit côté androgyne, et être aussi différent de chaque personne que j’ai déjà croisé auparavant. Il émane de lui une beauté caractéristique que je n’ai rencontré nulle part ailleurs.
Je le fixe sans m’en rendre compte, il sourit et agite sa main devant moi.
― He ho ! T’y arrives pas ? Répète-t-il.
Je reviens sur Terre et me sens extrêmement gêné. Je baisse la tête et observe attentivement le sol, évitant à tout prix son regard.
― A vrai dire, je n’y comprends absolument rien.
Il sourit une fois de plus, attrape le sujet et le place devant lui. Il parcourt la feuille des yeux rapidement.
― C’est simple.
Ouais… bien sûr.
― T’es en L, hein ?
― Ouais.
Quoi ? C'est marqué sur mon front ? « Je suis en section Littéraire et je suis archinul en maths ! »
― Bon, j’vais t’expliquer.
― T’as rien à faire ?
― J’ai fini mon devoir dans les quinze premières minutes. Maintenant regarde. T’as juste à diviser ce facteur par celui-là pour trouver ta réponse. Par rapport à cette formule.
Il débite ses explications en pointant différents nombres sur ma feuille. Et, à mon plus grand étonnement, je comprends ! Il m’explique si bien, qu’au bout de dix minutes j’avais fini mon test.
― Merci. Si tu ne m’avais pas aidé j’aurais rendu copie blanche.
Je relève légèrement la tête et fixe un point imaginaire entre son épaule et son oreille. Je ne veux pas croiser son regard une seconde fois. Il me trouble un peu trop pour un mec et ça me dérange énormément. Je n’ai rien contre les gays, mais… enfin bref…
― Et t’aurais eu une belle bulle. Sympa pour commencer l’année !
― Tu viens de réaliser un exploit ! Réussir à faire piger quelque chose en maths à un mec qui n’y a jamais rien compris, chapeau !
―J’ai le droit à une récompense ? Demande-t-il en me déposant un baiser sur les lèvres.
Ouah ! Euh… c’était quoi ça ? Je me recule, mais je crois que mon plus gros problème en ce moment c’est le fait que je suis tellement embarrassé que je rougis encore plus que tout à l’heure. Je sens mes joues me brûler.
Et là, à mon grand désespoir, la seule pensée qui m’effleure c’est l’envie d’un nouveau baiser.
Qu’est-ce qui m’arrive ? C’est un mec ! Il faut que je me reprenne !
Il me regarde et se rapproche comme s’il m’avait compris. Il effleure mes lèvres du bout de sa langue, langoureusement, je les entrouvre instinctivement et il fait pénétrer sa langue dans ma bouche.
Han… ! C’est pas vrai ! Je n’arrive même plus à réfléchir correctement ! Pourquoi est-ce que ça me trouble autant ? Je ne peux pas être attiré par un mec ! Malheureusement je me rends compte que j’ai le bas ventre en feu et un début d’érection plutôt flagrant, ce qui dément totalement ma théorie de « je-ne-suis-absolument-pas-gay-et-j’aime-les-filles ! ». Il se détache légèrement de moi.
― Au fait, mon nom c’est Evan. Que tu saches quoi crier tout à l’heure ! Lance-t-il avec un sourire pervers.
Il éclate de rire en voyant mon air interrogateur.
Crier ? Tout à l’heure ? De quoi parle-t-il ?
Puis, sans me laisser le temps de réfléchir, il poursuit ses baisers qui malgré moi me font frémir. Je me retrouve, sans savoir comment, assis sur le bureau. Evan passe sa main sous ma chemise tout en la déboutonnant. Il descend sa bouche le long de mon cou avant de me basculer en arrière.
― Humm…
Oh mon Dieu ! C’est moi qui gémis comme ça ? Un mec me caresse et le pire c’est que j’apprécie ! Je n’arrive même pas à résister. Mes forces sont anéanties par un désir violent qui me plaque contre la table.
Je suis allongé sur la table et il se met à califourchon sur moi et entreprend de me lécher les tétons voluptueusement.
Je ne me sens même plus. Je ne suis plus que feu et désir. Jamais je n’aurais cru un jour ressentir un désir aussi violent pour un homme. Mais en cet instant, je ne réfléchis plus, mon cerveau a été mis en pause. Je ne me laisse plus guider que par mes sensations.
Evan me retire mon pantalon et mon boxer, libérant ainsi mon sexe gonflé. Il trace de petits cercles du bout de la langue sur mon bas ventre. J’ai l’impression que je vais mourir. Il veut me rendre fou ? Il commence par lécher ma verge sur toute sa longueur avant de la prendre en bouche et de lui imprimer un mouvement de va et vient qui manque de me faire défaillir. Il accélère la cadence et je sens que je ne vais pas tarder à éjaculer.
― Evan… je vais… je vais…
Evan accélère encore et je me déverse dans sa bouche. Il se redresse et repart à l’assaut de mon torse.
En le voyant au-dessus de moi, j’éprouve une irrésistible envie de le toucher, de le caresser. J’élève mes mains au niveau de son torse, lui ôte son tee-shirt et commence à explorer sa peau si douce. Je descends lentement le long de ses abdominaux et atteins sa ceinture. Mû par un désir brutal, je lui retire son jean. Il me regarde avec un sourire en coin.
― Tu veux ?
Surement. Mais quoi ? Que je lui taille une pipe ?
― T’as déjà couché avec un mec ?
Je secoue la tête, incapable d’aligner deux mots cohérents. Je crois que j’ai compris ce qu’il voulait dire tout à l’heure à propos du fait de crier. Oui, je sais, j’aurais mis le temps !
Ses paroles produisent sur moi un effet inattendu. Mon sexe se durcit plus encore et je ne pense plus qu’à l’avoir en moi.
« Mais on ne peut pas faire ça ici ! »
Oups, j’ai parlé à voix haute ! A voir son petit sourire en coin, il ne semble pas de cet avis.
Evan m’écarte les cuisses et s’apprête à enlever son boxer quand la cloche retentit. On se regarde affolés. La pionne ne va pas tarder à revenir et il vaut mieux qu’elle ne trouve pas comme ça !
La porte s’ouvre et la surveillante apparaît, mais nous sommes tous deux habillés et chacun à sa place. Je dois surement avoir les joues rosies. Evan se lève, tend sa feuille à la pionne et sort. Je l’imite et sors à sa suite. Je vois un papier tomber de sa poche. Je le ramasse.
― Evan ! Tu as fait tomber ça !
Il se retourne et me fait un clin d’œil avant de disparaître. Je jette un œil à ce que je tiens entre les mains. Il y a un numéro précédé du nom d’Evan. Sans doute le sien...
Je retourne le papier et découvre avec stupéfaction qu’il s’agit d’une photo. De moi ! En la regardant de plus près je reconnais le tee-shirt que je portais il y a deux jours !
Ainsi, il m’avait déjà repéré…
Début d’une histoire ou histoire d’une heure ?
Au fait si ça vous intéresse j’ai eu 17 à mon devoir de maths à la plus grande stupéfaction de mon prof !
Aïe aïe aïe pas de lemon dans ce One shot
mais c'était prévu au début ! J'vous jure !
Seulement, c'était prévu sans la sonnerie de fin des cours ! xD
Merci pour tous vos commentaires ! ça fait toujours super plaisir !
Je sens son souffle chaud dans mon cou, son corps contre le mien,
ses mains posées sur le mur de chaque côté de ma tête. Je ne sens
pas son cœur battre, il n’en a pas. Je sens ses larmes
glisser le long de sa joue. Je sais déjà. Je l’ai compris
tout de suite. Son air lugubre et désolé, ses yeux rougis et ses
mains tremblantes l’ont trahi. Je savais depuis le début que
ça finirait par arriver mais, j’ai choisi de l’ignorer
et maintenant, je me retrouve au pied du mur, seul face à mon
désespoir. J’aurais du profiter plus encore de nos derniers
mois ensemble. Je ne veux pas que ça arrive déjà, mais je ne veux
pas lui montrer, je ne veux pas qu’il sache que j’ai
peur.
Il relève la tête, sa
joue contre la mienne et semble fixer le mur derrière
moi.
— Je suis désolé. Souffle-t-il.
Il ne me regarde pas. Il
n’ose pas. Je ferme les yeux et me souviens.
Je me souviens de notre première rencontre. C’était il y a
trois mois, un jeudi soir, dans le parc de la ville. Il faisait
nuit et je me suis assis à côté de lui. Il m’a dit
qu’il valait mieux que je ne reste pas là, que c’était
dangereux, et je lui ai répondu que j’aimais le danger. Nous
avons discuté toute la nuit et je suis rentrée chez moi au petit
matin avec une seule idée en tête : le retrouver le soir même.
Retourner discuter avec cet homme si beau et mystérieux qui
dégageait un sentiment de danger. Il me fascinait déjà à
l’époque. Depuis cette nuit là, nous nous retrouvions chaque
soir au même endroit, jusqu’au jour où je l’ai ramené
chez moi…
Au fil du temps, nous
nous sommes attachés l’un à l’autre, nous sommes tombés
amoureux, nous ne pouvions plus vivre l’un sans l’autre
et puis… les siens s’en sont mêlés…
Je rouvre les yeux, il
m’embrasse et ce baiser a un arrière goût d’adieu. Je
sens ses lèvres parcourir lentement mon cou. Il passe sa main dans
mes cheveux et me serre dans ses bras.
— Je ne
peux pas. Je n’y arrive pas. Chuchote-t-il à mon
oreille.
Je lui caresse la joue
tendrement et le regarde droit dans les yeux.
— Fais-le ! Tu préfères que quelqu’un
d’autre que toi s’en charge ? Moi non ! Alors
fais-le !
Il se rapproche de moi
et m’embrasse de nouveau, mais ce baiser là fait remonter une
vague d’émotion en moi. C’était le même que la première
fois. Il reproduisait exactement notre premier baiser, avec cette
timidité qui se transforme en avidité puis en passion. Seulement,
cette fois, des gouttes d’eau salées s’insinuent entre
nos lèvres et ce sera notre dernier baiser, identique ou presque à
notre premier.
Il se sépare de moi à
regret et dépose ses lèvres dans le creux de mon cou. Il hésite. Je
sens les autres prêts à bondir s’il refuse. Je ne les vois
pas, ils sont quasiment invisibles, mais, je sens la tension qui
règne dans le parc. Notre parc. Je m’accroche
à lui de toutes mes forces.
— Je t’aime. Me souffle-t-il.
Je souris, oh moins mes
derniers instants auront un léger gout d’optimisme. Optimisme
inachevé.
— Moi aussi. Je t’ai toujours
aimé.
Je l’ai rencontré
ici et je mourrais ici avec lui.
Je ne peux retenir un
cri quand ses canines pénètrent ma chair. J’ai la désagréable
impression que mon cou se déchire et une douleur lancinante me
transperce le haut du corps. Des larmes de souffrances coulent de
mes yeux clos sans que je n’ai pu les en empêcher. Ça y est.
C’est la fin. Je ne le reverrais plus…
Ce n’était pas sa
faute, il avait été forcé de me tuer. Le clan de vampire auquel il
appartenait n’approuvait pas sa relation avec un humain. Je me rappelle le soir
où il me l’avait annoncé. Comme je connaissais son secret, un
cruel ultimatum a été posé : Soit mon amant me tuait, soit ils
s’en chargeraient.
Le sang quitte mon corps en même temps que me vie. Je n’ai
aucun regret. J’ai vécu de merveilleux moments avec lui
et notre amour n’aura pas été détruit pas l’animosité
des gens ni par celle de son clan. Je ne serais plus, mais, notre
amour ne sera jamais altéré. Le regard des autres n’aura pas
eu raison de nous. Nous nous aimions sincèrement et nous nous
aimons toujours. Je n’ai pas de regrets car je meurs dans
ses bras, là où est
ma place, là où j’ai l’impression d’avoir
commencé ma vie. Mon existence a débuté le jour de notre rencontre.
Il n’y avait que dans ses bras que je me sentais
vivant.
Je n’ai plus de sang, et mon âme me quitte. Je ne vois plus
rien, je ne sens plus rien. C’est fini. J’ai quitté
cette vie, ce monde, mais surtout je l’ai quitté lui, mais,
ce n’est que pour mieux nous
retrouver.
J’avais les idées embrouillées. Je m’étais fait jeter
et avais échoué dans ce bar minable. Je m’étais retrouvé,
sans savoir comment, en train de te draguer. T’étais plutôt
canon et j’étais plutôt bourré. Je t’avais embrassé et
tu n’avais pas été contre, au contraire, tu y avais même
répondu avec enthousiasme.
Je me rappelle. Je
me rappelle de tout. Je me rappelle de chaque mouvement, de chaque
geste. Tu m’avais caressé le torse avec avidité et je
t’avais même retiré ta chemise. Nous nous embrassions, comme
si nous étions seuls au monde, sans interruption, avec sauvagerie,
jusqu’à ce que le patron du bar nous jette dehors en nous
interdisant de revenir. Sale homophobe.
Nous avions
parcouru les rues en riant et jouant comme des gamins. Nous avions
finalement atterrit devant chez moi, je t’avais proposé de
monter et tu avais accepté. Nous étions montés à l’étage mais
j’avais à peine eu le temps de refermer la porte que tu me
sautais déjà dessus. Nous étions arrivés dans la chambre avec
difficulté. Trop pressés pour atteindre le lit, nous avions fait
l’amour sur la moquette.
Le lendemain, je m’étais réveillé dans mes draps. Tu étais là
à me regarder, appuyé sur un coude. Tu ne peux pas imaginer à quel
point tu étais sexy ! Tu m’avais salué d’un
baiser.
A partir de ce jour, nos rencontres étaient devenues quotidiennes.
Nous étions heureux tous les deux.
Jusqu’à ce
fameux jour. Ce jour où j’avais décidé de t’avouer mes
sentiments tous neufs. Ce jour maudit où j’avais découvert
que tu étais mon nouveau prof de maths, et toi, que j’étais
ton élève. Je m’étais rendu compte à ce moment là,
qu’en vérité je ne connaissais pas grand-chose de toi. Ce
jour qui aurait dû être merveilleux avait tourné au cauchemar. Ce
jour là, tu m’avais annoncé que c’était fini et
qu’on ne pouvait plus se voir. J’avais accepté,
résigné. Pour rien au monde je n’aurais perdu la face et
encore moins devant toi. Ma fierté était bien trop
développée.
J’avais séché le reste de la journée pour pouvoir pleurer,
sans avoir à me cacher. Je n’avais pu empêcher mes larmes de
couler, mais ça, jamais tu ne le sauras.
J’avais
passé des mois à tenter de t’oublier, mais comment faire
alors que je te voyais tous les jours en cours ? Comment ne
pas te regarder ? J’avais loupé mon trimestre comme ça.
Je n’écoutais plus en cours, je les passais à
t’observer. Tu étais si beau. Plus je te regardais et plus ça
me tuais.
Le dernier jour où je t’avais vu, ton regard s’était
posé sur moi et j’y avais décelé une trace de souffrance.
N’étais-je donc pas le seul à
souffrir ?
Le lendemain, tu
n’étais pas venu, un autre professeur avait prit ta place. Ne
plus te voir m’avais détruit encore plus. Je ne savais plus
comment te retrouver ni où te voir. J’étais totalement perdu
sans toi. En si peu de temps, tu étais devenu le centre de mon
Univers sans que je m’en rende compte.
Et un soir, on avait frappé à ma porte. Quand j’avais
ouvert, tu étais là et tu me contemplais d’un air si triste
que je t’avais laissé entrer. Tu m’avais expliqué que
tu avais rompu pour me protéger mais que tu n’avais pu
résister plus longtemps. Tu avais démissionné et trouvé un autre
poste ailleurs pour pouvoir me retrouver.
Je crois bien que c’est à ce moment que le peu de volonté que
j’avais de te repousser avait sombré. Je t’aimais trop
pour risquer de te perdre une seconde fois. Je t’avais
embrassé et nous nous étions retrouvés dans ma chambre pour faire
l’amour.
Tu m’avais avoué que tu m’aimais. C’était le plus
beau jour de ma vie ! J’étais vraiment heureux au creux
de tes bras.
Le lendemain, tu
étais parti en me promettant de revenir le soir même, sauf
que… tu n’es jamais revenu.
Tu avais traversé la route en sortant de chez moi au moment où un
chauffard fonçait à toute allure dans l’avenue. Tu avais été
transporté à l’hôpital mais le choc avait été beaucoup trop
violent. Tu es mort ce jour là. Ce jour qui était le meilleur de ma
vie est devenu le pire.
Aujourd’hui, il ne doit pas être loin d’une heure du
matin. Le ciel est vraiment très noir. Le vent glacial souffle,
mais je ne le sens pas. Je ne sens plus rien à vrai dire, à part la
douleur cuisante qui me détruit la poitrine, à l’endroit
exact où tu as arraché mon cœur pour l’emmener avec toi
dans la tombe.
Je sens à peine
les larmes qui dégoulinent le long de mes joues. Je suis mort en
même temps que toi, tu as emporté mon âme dans les ténèbres de la
mort.
Là, allongé sur le marbre froid de ta tombe, je ferme les yeux en
espérant m’endormir pour ne jamais me réveiller et pouvoir te
rejoindre où que tu sois.
De
gros flocons tombaient sur la ville en tournoyant joyeusement, une
légère pellicule blanche recouvrait déjà les rues, les visages
souriants des passants emplissaient le paysage, les rires joyeux
des enfants couvraient presque le vacarme assourdissant des
voitures. Les périodes de fête faisaient sortir les
gens.
On entendait des chants de Noël à chaque porte. La bonne
humeur était présente partout. Ou presque…
Comment expliquer que pour chacun, Noël soit une telle
source de joie alors que pour moi, cette période était la pire de
l’année ?
Ça faisait des années que j’avais perdu cet entrain
qui gagne la population à l’approche des fêtes. Des années
que je n’avais plus cette joie de vivre, cette sensation de
bonheur. C’était justement toutes les émotions contraires qui
m’envahissaient en pensant au 25 décembre. C’était
devenu pour moi une date synonyme d’horreur et de tragédie.
Tout cet étalage de sentiments : sérénité, joie, excitation,
me donnait la nausée. Toutes ces décorations me filaient le cafard.
Tous ces chants faisaient remonter les souvenirs à la
surface.
Tout ça me rappelait des évènements que j’aurais
préféré garder enfouis au fin fond de ma mémoire, enfermés loin
dans mon cœur. Mais, comment échapper à toute cette
effervescence ? Impossible de faire un pas dehors sans tomber sur
n’importe quoi ayant un quelconque rapport avec cette période
que j’abhorrais.
Je la revoyais encore courir le long de l’avenue
déserte, les larmes aux yeux et le cœur en lambeau. Je me
rappelais de sa petite voix sanglotante, de ses mains tremblantes
et de ses yeux rougis à cause de ses pleurs incontrôlables et
incessants. Je me souvenais de la tristesse dans son regard mais
aussi de la détermination qui y brillait avec force. Elle savait
déjà ce qu’elle allait faire. J’aurais dû y prêter plus
d’importance. Si j’avais réagit plus tôt, tout cela ne
serait jamais arrivé…
Je m’adossais un instant contre la devanture
d’un quelconque magasin, luttant contre le chagrin et le
désespoir qui m’assaillaient. Je fermai les paupières, très
fort, et serrai les poings, plongés dans les poches de ma veste. Je
n’ai jamais été aussi faible que durant les fêtes de Noël.
J’avais l’impression d’avoir de plus en plus de
mal à retenir mes émotions ces derniers jours. Je ne dormais
pratiquement plus, la douleur me tenant éveillé, je ne parvenais
presque plus à fermer l’œil.
Le manque de sommeil entraîne chez certaines personnes,
voire la majorité de la population, une irritation très facile à
exciter mais, pas chez moi. J’étais simplement hors du monde
réel, perdu dans ma pseudo-dépression qui débutait dès le 10
décembre pour finir vers le 20 janvier, comme tous les
ans…
Période répétitive recommençant chaque année, depuis dix
ans et qui ne semblait jamais vouloir finir.
Chaque année je me consacrais entièrement à mon travail
pour ne pas y penser, et chaque année c’était un échec
monumental. Pourquoi ne pas vouloir oublier tout simplement ?
Me demanderez-vous. Comment oublier ça ? Impossible. Et puis,
je ne voulais pas l’oublier, juste ne pas y penser trop
souvent. Je ne voulais pas perdre son souvenir, si douloureux
soit-il, c’aurait été comme la
trahir…
Malgré mes efforts pour la garder dans un coin de ma tête,
la dissimuler sous une montagne de vieux souvenirs pour
l’écarter de mes pensées immédiates, Noël détruisait tout
chaque année. Il écrasait ma volonté, explosait mes protections et
faisait jaillir nombre de souvenirs et le chagrin immense les
accompagnants. Chaque année à la même période, je revoyais son
visage, et avec lui son caractère et toutes ses petites manies qui
m’agaçaient mais qui lui étaient propres et la rendaient
unique. Ce visage pour lequel j’ai versé et verse encore
tant de larmes. Malgré les dix ans écoulés, elles ne cessaient de
se déverser en un flot abondant et ininterrompu.
Je rouvris les yeux et détaillai l’homme qui me
faisait face. Une touffe de cheveux châtains qui semblaient avoir
été coiffés quelques heures auparavant mais, qui ne ressemblaient
plus à rien désormais. Un front couvert de ridules
d’angoisse. Des yeux ternes et sans vie. Un regard empli de
tristesse et de douleur. De lourds cernes violets. Un visage
amaigri par l’angoisse et creusé par la fatigue. Un corps
frêle. Une silhouette fantomatique.
Je ne me reconnaissais plus. Une loque, une
épave. Voilà à quoi je ressemblais. Quasiment rien. Un homme brisé.
Un homme détruit. Voilà ce que j’étais devenu.
Horrifié par mon reflet, je m’en écartai vivement et
marchai en direction de l’immeuble d’en face et
m’y engouffrai rapidement, gardant les yeux rivés au sol,
craignant la probable rencontre avec mon double sur une
vitre.
Mathilde, l’hôtesse d’accueil, me salua
chaleureusement. Je lui répondis par un simple sourire. Elle était
toujours très gentille à mon égard et je n’arrivais même pas
à être un minimum plus enjoué.
J’avais la tête vide et, ne sachant plus vers quoi
tourner mes réflexions, elles allaient d’elles-mêmes vers ce
sujet que je redoutais tant.
Je montai en silence jusqu’à mon bureau,
m’installai sur ma chaise et jetai un regard à travers la
baie vitrée surplombant la ville. Je détournai aussitôt la tête
regrettant mon insouciance irréfléchie. Noël ne restait pas
seulement au ras du sol, mais, malheureusement, s’élevait
aussi jusqu’au sommet des gratte-ciels. Quelle plaie !
Impossible d’échapper à l’engouement de cette fête qui
me détruisait.
La porte face à moi s’ouvrit me faisant sursauter.
C’était Hélène.
— Je t’ai fait peur ?
Désolée.
— C’est pas grave.
Elle vînt s’asseoir face à moi après avoir fermé la
porte derrière elle.
— Pourquoi ne prends-tu pas des vacances ? Ça
te ferait du bien. Tu as l’air épuisé.
— A quoi me serviraient des vacances à part
m’ennuyer et ressasser le passé ?
— Que vas-tu faire pour Noël cette année ? Me
demanda-t-elle après un long silence.
Hélène connaissait déjà la réponse à cette question, mais
ne pouvait s’empêcher d’espérer qu’elle ait
changé.
— Comme d’habitude.
Elle hocha la tête d’un air
triste.
— Tu veux que je vienne avec
toi ?
— Non merci.
Elle n’aimait pas que j’aille là-bas seul
mais, je ne voulais pas qu’on m’y accompagne. Je ne
voulais pas de témoin à ma faiblesse. Hélène le comprenait mais, ne
l’appréciait pas. Elle ouvrit la bouche mais je la
coupai.
— Je sais ce que tu penses.
Un lourd silence s’installa autour de nous. Mon
regard se perdit dans les rangées de bouquins de ma
bibliothèque.
Une fois de plus son magnifique visage envahit mon esprit
endolori. Son merveilleux sourire me plongea dans une profonde
mélancolie.
Tout
ça n’aurait jamais dû arriver ! Trop jeune, trop naïve,
elle l’était. Elle n’aurait jamais dû partir si tôt.
Très belle, charismatique, elle attirait les
convoitises.
Maintenant, c’était son visage que je revoyais.
Le seul à qui elle n’aurait jamais dû
s’intéresser.
Je serrai les poings et les dents. Je sentis une veine gonfler sur
ma tempe. La colère montait sans que ne puisse rien y faire.
C’était plus fort que moi. Dès que son nom me venait à
l’esprit j’en suffoquais de haine. Dire que je le
haïssais n’était qu’un
euphémisme.
Une petite main froide vînt se poser sur mon poing
serré.
— Tu devrais lui pardonner tu sais.
Rien qu’en me voyant elle avait tout compris. La
nature de mes pensées premières puis, la dérive qu’elles
avaient subies pour en arriver là.
Le pardon ? Comment pourrais-je jamais lui pardonner
cela ?
— Il n’a rien fait. Pourquoi
t’entêtes-tu dans cette haine qui te dévore ? Ce
n’est pas en le haïssant qu’elle
reviendra.
Le regard noir que je lui lançai la fit renoncer à la fin
de sa tirade. Elle me regarda, l’air triste puis sortit de
mon bureau.
— Réfléchis-y au moins. Ajouta-t-elle avant de
fermer la porte.
Y réfléchir ? C’était bien ça le problème. Je
ne faisais que ça. Elle m’avait été arrachée de force et pour
moi, tout était de sa faute. Mais, le pire dans tout cela
était que, inconsciemment, j’en étais presque arrivé à la
même conclusion qu’elle.
Il n’avait rien fait. Du moins consciemment.
L’avais-je haït pour de mauvaises raisons ? Etait-il
vraiment innocent au final ?
Peut-être…
Mais, ma rancœur était toujours ancrée dans les
lambeaux du reste de mon cœur. Disparaîtra-t-elle un
jour ? Peut-être…
Je sortis de mon bureau et allai marcher dans les rues
enneigées, le plus loin possible de l’agitation des fêtes.
J’errai, comme une âme en peine, ainsi jusqu’à ce que
je me rende compte qu’il faisait nuit. J’étais dehors
depuis une éternité qui m’avait pourtant paru durer seulement
quelques minutes.
La nuit s’assombrissait à vue d’œil
tandis que je rejoignais mon domicile, plus perdu que
jamais.
Cela faisait des heures que j’étais arrivé au bureau
et pourtant, je n’avais toujours rien fait, à part observer
le plafond les yeux dans le vague. Je réfléchissais au fait que le
lendemain, jour de Noël, il faudrait que j’aille acheter une
sublime rose rouge avant d’aller la rejoindre. Le rouge, sa
couleur préférée. Pourquoi une rose ? Tout simplement parce
qu’elle était aussi pure que cette magnifique fleur, que sa
peau était aussi douce qu’un de ses pétales et que, malgré
son air angélique, elle aussi piquait.
Comment n’avais-je pu voir son désespoir ? Ce
devait pourtant être flagrant ! Mais trop occupé avec une de
mes conquêtes de l’époque, j’étais devenu aveugle.
Peut-être aurais-je pu la sauver, seulement, j’étais trop
distrait pour m’en apercevoir. Je me maudis pour
n’avoir rien détecté plus tôt. Elle m’appelait au
secours et je n’avais rien vu de sa détresse. Son intense
douleur aurait pourtant dû me faire réagir !
A cette époque, les filles ne cessaient de défiler et
pourtant, aucune n’avait ses yeux, son
regard, son attitude, son charisme, cette
attraction sur moi. Aucune ne lui ressemblait. Mais, rejetant cette
attirance en bloc, je changeais de copine chaque jour, espérant ne
plus y penser.
C’est à ce moment qu’elle s’est mise à
vouloir lui plaire. Lui plaire à lui. Le seul qui
n’aurait jamais dû l’approcher. Cette espèce de frimeur
et bourreaux des cœurs. Idole du lycée, adulé par toutes les
jeunes filles pré-pubères. Il n’a fallu qu’un regard
pour qu’elle succombe, pour qu’elle tombe sous son
charme.
En y réfléchissant bien, c’est vrai qu’il
n’y était pour rien. Elle y avait juste cru un peu trop fort.
Beaucoup trop même. Ce n’était pas comme si c’était lui
qui l’y avait poussée. Il avait peut-être contribué à sa
chute mais, inconsciemment.
Je me levai en hâte, attrapai ma veste et sortit en trombe
de mon bureau sous l’œil éberlué d’Hélène. Je lui
envoyai un grand sourire pour la rassurer sur mon état mental et
quittai l’immeuble. Je m’engouffrai dans la gare et
sautai dans le métro qui se trouvait là. J’eus juste le temps
de monter dans le wagon que les portes se refermaient déjà. Trois
stations. Je descendis sur le quai et émergeais dans la rue. Le
vent glacial transperçait mes vêtements et me frigorifiait. Je
resserrai mon manteau autour de moi et avançai vers la rue Diderot.
Après tant d’années de haine je me rappelai encore très
nettement de son adresse. Se souvient-on de détails aussi précis
d’une personne qu’on abhorre ?
Je me postai sur le pas de la porte et réfléchis. Etait-ce
une si bonne idée d’être venu jusque là ? Sans
m’appesantir sur mes doutes et laisser l’incertitude me
gagner, je sonnai. Il ne fallut que quelques secondes avant que la
nervosité me submerge. Je tremblais de tous mes membres. Mais
pourquoi donc étais-je venu ici ? Maudite impulsion ! Je
fixai la porte close. Et s’il avait changé
d’adresse ? Il était encore temps de m’enfuir, de
courir à toutes jambes à travers la ville, de rentrer chez moi bien
au chaud et de garder ma dignité intacte. Je me détournai près à
fuir quand une voix chaude m’interrompit.
— Shane ? C’est
toi ?
Je baissai la tête et fixais une seconde le béton. Trop
tard pour fuir. Je me retournai et le découvris sur le pas de la
porte, l’air surpris. Il n’avait pas changé. Toujours
ces yeux bleu turquoise envoûtants, ces cheveux longs et noirs lui
chatouillant les épaules. Ses traits fins s’étaient juste
légèrement durcis, donnant plus de caractère à son visage. Il était
toujours aussi séduisant qu’avant. Je ne pu empêcher la
rancœur de revenir juste l’espace d’un
instant.
— Salut
Michael.
Un grand sourire illumina son visage, pour légèrement
s’assombrir quelques secondes plus
tard.
— Qu’est-ce que tu fais
là ?
— Je suis venu te dire que je te pardonnais. Je ne considère
plus comme coupable et je m’excuse d’avoir reporté sur
toi toute ma colère durant toutes ces
années.
Je l’observais. Il était vraiment très surpris. Les yeux
écarquillés et la bouche ouverte, il n’arrivait apparemment
plus à émettre un son.
Je détournai les talons avant
qu’il ne retrouve l’usage de la parole. Je ne voulais
pas entendre ce qu’il avait à me dire. Ma fierté venait
d’être mise à mal, sa réaction maintenant m’importait
peu. J’avais dit ce que j’avais à dire. C’était
terminé. J’arrivais à la bouche de métro quand la voix lui
revint.
— Shane ! Attends !
Reviens !
J’accélérai le pas, ne voulant pas voir
l’expression de triomphe qui devait très certainement
s’étaler sur son si beau visage.
Finalement, je rentrais bien au chaud chez moi mais, ma
dignité en moins. Faire des excuses à un homme que l’on
n’a pas vu depuis des années et qu’on déteste
n’est pas la meilleure solution pour lui redonner du
peps !
Je me blottis sous mes draps et attendit que le sommeil
vienne me trouver, le cœur lourd.
* * *
— Une rose rouge ?
— Oui c’est ça.
Le fleuriste me la donna, un sourire de connivence sur les lèvres.
Il devait surement croire que c’était pour ma petite amie. Je
ne le détrompais pas et payais avant de sortir rapidement de la
boutique.
Mes pas me menèrent d’eux-mêmes à l’endroit où
j’avais rendez-vous chaque année. Je passai l’immense
portail en fer forgé et me dirigeai, en silence, au milieu des
allées, afin de l’atteindre. Je m’assis face à elle et
commençai à lui parler. Elle ne me répondit pas. Comment
aurait-elle pu ?
Je lui racontais ce qui s’était produit cette semaine, me
remémorant le matin même, le regard d’Hélène quand je lui
avais annoncé que j’avais pardonné Michaël. Elle était
heureuse que je sois enfin allé le voir. La fierté brillait dans
son regard. J’avais au moins donné le sourire à
quelqu’un ces jours-ci, malgré mon état physique et moral
déplorable.
Je
restais là, à lui raconter tout ce qui me passait par la tête. Je
me délestais de mes états d’âme et lui dévoilais mes
profondes réflexions. Elle était la seule à qui je pouvais confier
tout ça, tous mes tracas, toutes mes faiblesses. Elle avait
toujours été là pour m’écouter, et aujourd’hui encore
je pouvais évacuer ma douleur en lui parlant. Les heures
s’écoulaient sans que je les voie passer.
Je n’avais plus rien à dire. J’avais asséché ma soif de
parler. J’observai le ciel étoilé, en silence, enroulé dans
mon manteau. Ma respiration créait des volutes de fumée blanche que
je suivais du regard.
— Joyeux Noël, Shane.
Je sursautais légèrement. A cette heure tardive, cet endroit était
sensé être désert, surtout le soir de
Noël.
Je me
retournai et découvris Michaël.
— Pardon ?
Il
sourit et vînt s’asseoir à côté de moi.
— Il est minuit.
— Déjà ? M’exclamais-je en regardant ma
montre.
J’étais là depuis des heures et pourtant, je n’avais
pas l’impression qu’il s’était écoulé autant de
temps.
— Qu’est-ce que tu fais là ?
Demandais-je.
— Je suis venu te voir. Je me doutais bien que tu serais ici.
Répondit-il en jetant un coup d’œil à sa
tombe.
Je jetai un regard circulaire sur le cimetière. Il était
vide.
— Tu ne passes pas Noël avec ta
famille ?
— Je n’ai pas de famille.
Un
silence pesant s’installa entre nous.
Pas
de famille ? Il n’avait pas refait sa vie ? Et ses
parents ? Etaient-ils morts ?
— Merci de m’avoir pardonné. J’ai culpabilisé
pendant tellement de temps.
— Je l’ai fait parce que j’ai compris que tu
n’y étais pour rien. Enfin, pas
directement.
— Mais, tu penses toujours que si je ne l’avais pas
rejetée elle serait encore là, non ?
— J’admets. Mais je ne comprends pas pourquoi tu
l’as rejetée.
— Tu n’as même pas une petite
idée ?
— Pourquoi ? Je devrais ?
Il me regarda droit dans les yeux, une lueur que je ne
parvenais pas à déchiffrer au fond du regard.
— J’avais quelqu’un d’autre en
tête…
Je le regardais, incrédule. Keira était géniale, avait tout pour
elle et il avait quelqu’un d’autre en
tête ?
— Keira ne te plaisait pas ?
— Pas vraiment, non.
Keira était une fille très jolie, adorable et attirait bon nombre
de convoitises masculines et elle ne lui plaisait pas ? Je
n’en revenais pas !
Pourquoi me regardait-il ainsi ? Serait-ce possible que…
Non ! Pensais-je en secouant la tête.
— Elle était pourtant très belle et elle
t’aimait.
— Oui mais, … toi aussi.
Je tournai vivement la tête vers lui, éberlué, les yeux
écarquillés. Comment pouvait-il savoir ça ? Je l’avais
pourtant si bien caché ! D’ailleurs, tout le monde
croyait que je le haïssais. Ce qui était vrai d’un
côté… Je le haïssais pour les sentiments qu’il me
faisait éprouver à son égard.
— Elle ne me plaisait pas tout simplement parce-que mon style
c’était plutôt son grand frère. Me répondit-il en
souriant.
J’ouvris les yeux encore plus. Serait-ce vrai ? Il avait
rejeté Keira pour moi ? L’homme sur lequel
j’avais fantasmé toutes ces années voulait de moi ?
J’avais rejeté en bloc mes sentiments à son égard pour
rien ? Ma sœur s’était suicidée pour un amour de
toute façon impossible ?
Il profita de mon ébahissement pour m’embrasser. Un baiser
froid comme les flocons nous environnement, à cause de nos lèvres
glacées, mais, brûlant comme notre passion et magnifiquement
tendre.
Et
dire que j’avais rêvé de ce moment durant toute mon
adolescence mais n’avais jamais osé
l’espérer.
Qui aurait cru que le garçon le plus beau et populaire du lycée
était gay ? Et surtout, qu’il m’avait choisi
moi ?
Il se sépara de moi, plongeant son regard dans le mien. Je
lui souris et il fit de même.
— Tu sais, la vérité c’est que Keira
n’était pas amoureuse de moi comme tu sembles le croire.
Donc, on ne peut pas dire que je l’ai rejeté. Elle
n’est pas morte pour moi.
Je fronçai les sourcils. De quoi
parlait-il ?
— On avait discuté tout les deux et elle n’allait
vraiment pas bien. Elle avait découvert quelque chose
d’horrible sur son histoire. Et ça lui était
insupportable.
Il fit une pause et m’interrogea du regard comme pour me dire
que ce qui allait suivre, je préfèrerais sans doute éviter de
l’entendre. Je l’intimai de continuer. Maintenant
qu’il m’avait parlé de ça, je voulais savoir. Michaël
reprit mais, à regret.
— Tes parents n’étaient pas les siens. Elle a trouvé
des lettres par hasard. Une correspondance entre ta mère et une
tante éloignée. Ça disait, en gros, qu’elle avait été
abandonnée à la naissance par ses parents biologiques. Keira en a
déduit qu’elle n’avait jamais vraiment été aimée
puisque ses parents n’avaient même pas voulu d’elle,
que les élèves du lycée ne l’appréciaient que pour son
apparence et que personne ne la connaissait
vraiment.
J’étais désemparé. Pourquoi ne m’en avait-elle jamais
parlé ? J’étais là moi. J’aurais pu
l’aider ! Je l’aimais, elle aurait pu tout me
dire, je ne l’aurais jamais laissée tomber ! Mais elle
avait décidé de se confier à Michaël. Une pointe de jalousie me
transperça le cœur. Moi qui pensais que nous étions proches,
je m’étais lourdement trompé…
— Je lui ai que c’était faux, qu’il y avait
beaucoup de gens qui l’aimaient mais, je n’aurais
jamais cru qu’elle réagirait comme elle l’a
fait !
Cette histoire était horrible. Jamais je n’aurais imaginé
quelque chose de plus sordide.
Mais, malgré le tragique de la situation, un sourire vint se placer
délicatement sur mes lèvres. Michaël me regarda d’un air
interrogateur.
Cette
nouvelle, quoique triste, était un soulagement pour moi.
J’avais toujours cru qu’elle était morte pour une
raison futile. Un homme, une déception amoureuse : il
n’y a rien de pire comme raison pour se tuer. Mais,
j’apprenais qu’elle avait une toute autre raison, qui
prenait tout son sens, elle. Elle n’était pas morte pour
rien ! Et cette pensée me rendait heureux. Mon raisonnement
était difficile à comprendre mais, au moins, je ne me torturerais
plus pour son décès. Michaël le comprit et me prit dans ses bras
tandis que les larmes dégringolaient le long de mes
joues
Nous scellâmes notre destin d’un doux baiser sous la
neige.
— Joyeux Noël. Souffla-t-il.
Je
souris et enfoui ma tête dans le creux de son cou. L’avenir
nous appartenait désormais et le passé ne viendrait plus nous
entraver.
Commentaires